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2009/2/6 « Résister à l'anglais sans pour autant le combattre »Journal du Dimanche, 23 avril 2006 A.Diouf : Certainement pas. II serait dramatique que le monde vive au rythme d'une langue unique, d'une pensée unique, dominante et hégémonique. La francophonie ne consiste pas à lutter contre l'anglophonie, mais plutôt à veiller à ce que la diversité du monde s'exprime dans tous les domaines : un monde uniforme serait voué à la mort. La vie réside dans un monde multiculturel, marqué par la diversité linguistique et culturelle, mais aussi par davantage de solidarité et d'équité. La mondialisation telle qu'on la voit actuellement - mondialisation des techniques, des économies, des capitaux - doit être traversée et régulée par les diversités et le respect des identités. C'est en ce sens que la francophonie est plus que jamais attractive dans le monde. D'autant que nous entretenons des relations privilégiées avec d'autres espaces linguistico-culturels de façon à constituer un groupe de pays qui résistent à l'anglais, sans pour autant le combattre. Nous travaillons également avec le Commonwealth. A la veille JDD : De quelle manière la francophonie peut-elle agir contre l'uniformisation ambiante? A.Diouf : Je vous cite un exemple. En 2003, la francophonie s'est battue en première ligne pour obtenir à l'Unesco l'adoption d'une convention sur la promotion et la protection de la diversité des expressions JDD : La francophonie n'a-t-elle pas des résonances colonialistes, comme le disent certains ? A.Diouf : L'affirmation est fausse ! Historiquement, ceux qui ont porté haut le combat pour la francophonie, ce sont des chefs d'Etat du Sud et non pas des Français. L'artisan de ce combat, le président Senghor, a même éprouvé beaucoup de difficulté à convaincre les différents chefs d'Etat français de la pertinence de cette institution créée en 1970. Il a fallu attendre François Mitterrand puis Jacques Chirac pour que l'entreprise se développe. En outre, le premier sommet ayant eu lieu en 1986, on ne pouvait plus accuser les Français de faire du néocolonialisme. Aimé Césaire m'a avoué qu'il ne croyait pas à la Francophonie pour cette raison-là. Mais, quand je l'ai revu il y a un an en Martinique, l'ancien maire de Fort-de-France a reconnu que c'était un bon combat. JDD : La France en fait-elle assez pour la francophonie? A.Diouf : Le président de la République et son gouvernement sont très engagés dans cette aventure. Ils nous soutiennent de toutes leurs forces. La France est le plus gros bailleur de fonds de la francophonie. Mais c'est au niveau du peuple français que le problème se pose. Je ne dis pas qu'il n'est pas francophone, mais il n'est pas assez militant de la francophonie. Les Français ne prennent pas notre combat comme une cause sacrée parce que la France ne se sent pas menacée, comme le Québec par exemple, qui, noyé dans un océan anglophone, se bat pour préserver son identité. Il faudrait pourtant que les Français comprennent que leur influence dans le monde dépend aussi du rayonnement de leur langue, la seule avec l'anglais à être parlée sur les cinq continents. Et je veux saluer la belle réaction du Président Chirac qui, à Bruxelles, a quitté la salle quand le baron Seillière a pris la parole en anglais alors qu'il pouvait parler en français grâce aux traductions simultanées. Ce geste aura valeur d'exemple et d'entraînement dans le monde entier. Il n'a rien de ringard, ni de nostalgique. * Il ouvrira, jeudi 27 avril, au Sénat, le colloque « La mondialisation, une chance pour la francophonie » qui setiendra jusqu'au vendredi 28 avril. © Propos recueillis par Florence Muracciole |
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